Les normes sociales néfastes qui légitiment les violences faites aux femmes et aux filles (VFF) au Maroc

 

Présentation du projet :

La violence et l’agressivité restent encore, pour une grande partie de la société marocaine, des traits liés à la masculinité. Des normes sociales néfastes confèrent aux hommes une autorité sur le comportement des femmes, propagent des concepts pernicieux sur la masculinité et rigidifient les rôles dévolus aux hommes et aux femmes à différents niveaux de la société (espaces privés, publics, professionnels). Les hommes et les garçons sont supposés être enclins à la violence à l’égard des femmes, mais aussi envers les autres hommes. Ainsi, sur une population de 9,5 millions de femmes âgées entre 18 et 64 ans, près de 6 millions (soit 63%) ont subi un acte de violence au Maroc[1]

Dans divers contextes, les femmes sont exposées à des risques au sein de leurs propres familles ou communautés en raison des croyances et pratiques couramment entretenues. Par exemple, le châtiment corporel est considéré par la plupart des gens comme le moyen le plus efficace d’inculquer à une femme des valeurs de respect de l´autorité ou la discipline. Dans ces cas, il faut chercher à comprendre les connaissances, attitudes et les comportements des personnes qui légitiment ces violences.

Au Maroc, les attentes sociales, culturelles et communautaires d’une masculinité stéréotypée représentent un obstacle majeur à l’égalité et l’émancipation des femmes mais ont également des conséquences lourdes sur les vies des hommes et des garçons. La lutte contre les violences basées sur le genre se heurte à l’acceptation de ces imaginaires, comportements, attitudes et croyances considérés comme inévitables voire normaux, par les hommes, et même par certaines femmes qui intériorisent certaines croyances en raison d’une éducation patriarcale.

Les jeunes de 15 à 29 ans représentent 30% de la population marocaine avec un effectif global de plus de 8,4 millions[2]. Dans son ensemble, la jeunesse du pays est confrontée à de nombreuses problématiques telles que le chômage, l’inactivité, le sous-emploi et la faible participation civique et sociale. Les jeunes filles sont de plus confrontées à des problématiques spécifiques telles que leur accès durable à l’éducation ou les mariages précoces.

Certaines études montrent que l’exclusion politico-sociale des jeunes conduit à une croissance de la violence au sein de la société marocaine et que la violence en milieu urbain est 11,5 points plus élevée qu´en milieu rural[3].

Puisque les violences sont le résultat de normes structurelles et sociales enracinées profondément dans l’inconscient collectif, il est possible de contribuer à la lutte contre les violences en influençant les imaginaires des jeunes qui les normalisent et perpétuent. Pour cela, il est nécessaire d’identifier les causes profondes de ces imaginaires ainsi que les attitudes et croyances sous-jacentes.

  1. Objectifs de l´enquête :

A travers cette enquête CAPC, Oxfam au Maroc souhaite mesurer et évaluer les Connaissances, les Attitudes, les Pratiques et les Croyances de la population ciblée pour :

  • Comprendre la nature et la prévalence des croyances et des pratiques spécifiques qui entrainent les hommes et les garçons à être violents envers les femmes et les filles, voire violents entre hommes/garçons.
  • Recueillir des informations sur ce que les enquêtés(es) savent du problème des VFF, sur la protection des femmes, ce qu’ils en pensent et comment cela influe sur leurs actes, tout en identifiant les limites de leurs connaissances, les croyances ou les pratiques culturelles courantes, tant des hommes que des femmes.
  • Aider à l’adaptation de la conception et de la planification des activités de sensibilisation sur la VFF.
  • Établir une base de données probante pour renforcer les efforts de plaidoyer et contribuer à la mobilisation des groupes communautaires en vue d’une action.
  • Avoir une ligne de base qui permettra d´évaluer l’efficacité et l’impact des activités pendant ou à la fin de la campagne, ainsi que l’évolution des normes sociales traitées.
  • Renforcer et mettre à jour la stratégie de la campagne, en fournissant des messages de campagne à utiliser.

[1]Source : Enquête Nationale sur la Prévalence Enquête Nationale sur la Prévalence la Prévalence de la Violence à l’Egard des Femmes (10 janvier 2011, HCP)

[2]Source : Promouvoir les Opportunités & Travail des jeunes (mai 2012, Banque Mondiale)

[3]Source : « Jeunes, marginalités et violences au Maroc », étude de l’Institut des études sociales de Rabat (Rabat Social Studies Institute- RSSI)