Jeunes, Marginalités et Violences au Maroc

Au Maroc, comme ailleurs, l’implication massive des jeunes dans les mouvements de protestation les a mis davantage au centre des préoccupations des décideurs aux niveaux national et international. Pendant longtemps, les jeunes marocains étaient considérés comme « dépolitisés ». Ils sont peu nombreux à voter ou à adhérer aux partis politiques et aux syndicats. Outre le désengagement de la sphère de la participation formelle, la plupart des jeunes sont en difficulté d’accès à l’éducation, à un revenu minimum et ont du mal à se faire une place dans la société. Le désengagement des jeunes de la participation à travers les cadres institutionnels établis et leur exclusion sociale attisent les craintes d’une marginalisation qui peut conduire à plus de violence au sein de la société.

En effet, les recherches empiriques sur les jeunesses qui vivent à la marge de la société sont rares. Nous savons très peu sur les motivations, perceptions et comportements des jeunes qui occupent une position d’écart face aux normes sociales et juridiques centrales de la société. Ils sont plusieurs à se trouver dans une situation de ‘marginalité’, d’éloignement du centre décisionnel. Le ‘centre’ étant considéré comme le noyau de la société, le lieu de privilèges et par extension du conformisme aux normes établies. De ce fait, le ‘centre’ veille à ce que ces normes soit reproduites de façon continue. La marge, quant à elle, peut être choisie ou subie, mais elle traduit toujours une situation de mise en question des normes sociales, promues ou prescrites.  

La marginalité est utilisée dans le cadre de cette étude comme une catégorie analytique et un concept opératoire qui nous permettra de simplifier la compréhension de trajectoires complexes (qu’il s’agisse du diplômé chômeur, de la mère célibataire, du jeune de la rue, du jeune qui se réclame du trotskisme ou du jeune qui s’identifie à une idéologie/mouvement extrémiste ….) et une diversité de situations sociales ( pauvreté, consommation de drogue….)

Ce projet de recherche sur « Jeunes, marginalités et violences au Maroc » a un double intérêt, il nous permettra de: 1) braquer nos projecteurs sur la diversité des profils, attitudes, comportements et valeurs de jeunes ‘mise à l’écart de la société’ de manière volontaire ou imposée; 2) Interroger les liens entre marginalité et violence.

En effet, les interrelations entre marginalités, violences et jeunes sont complexes : la marginalité et la violence sont multiformes.  Il s’agit de deux concepts élastiques. Nous nous intéressons autant au gris que noir et blanc. Nous voulons aller au-delà de la dichotomie «marge » et « centre ». Les concepts sont dynamiques et non pas statiques. On peut rentrer et sortir de la marge ; il y a une diversité de formes, d’espaces et temporalités. Dans notre démarche, nous avons opté pour une approche constructiviste qui prend en considération les sens que les jeunes donnent à la marginalité et à la violence selon leur vécu, selon leur perception.  La marginalité et la violence sont clairement des phénomènes pluridimensionnels et dynamiques dans le sens qu’il y a plusieurs formes de violences et de marginalités.

Il n’y a pas une base scientifique pour affirmer d’une manière conclusive qu’il y a un lien direct entre marginalité et violence. La violence et la marginalité peuvent avoir diverses origines physiques, géographiques, économiques, psychosociales, culturelles, symboliques comme ils peuvent se manifester dans différents contextes. Cette diversité nous pousse à considérer les personnes dans la marge ni comme une catégorie homogène ni comme une catégorie sociale automatiquement candidate à la violence agie ou subie. Il est donc plus approprié d’établir des différences en mettant en relief des facteurs précis de marginalité dans des contextes et lieux spécifiques (quartier, université, structure économique ou sociale, justice).

La marginalité des jeunes est le produit de l’interaction complexe de différents facteurs individuels, communautaires et sociétaux. Il est donc important de voir l’ensemble des facteurs prédisposant et contribuant au sentiment de marginalité à travers une perspective globale. Conceptuellement la marginalité et la violence des jeunes sontplus perceptibles dans l’hétérogénéité des cas et la diversité des trajectoires qui ont menées au sentiment de marginalité et à une violence souvent subie plutôt qu’agi. Le fait qu’on analyse la problématique de marginalité et violence des jeunes ne doit pas insinuer que cette catégorie sociale doit être conceptuellement réduite seulement à leurs difficultés et aux paramètres qui cadrent cette recherche. La vie, le vécu, le quotidien et les formes de résistance sont autant importants que les facteurs de marginalités et de violences.

Ce projet de recherche a pour objectifs de :

  1. Faire une cartographie des formes de marginalisation des jeunes au Maroc et identifier celles qui peuvent conduire à la violence.
  2. Analyser les sens de la marginalité et de la violence chez les jeunes marginalisés ainsi que leur stratégie de résistance et de survie.
  3. Examiner les facteurs qui favorisent ou non la violence chez les jeunes vivant en situation de marginalité.
  4. Analyser les attitudes, comportements et valeurs des jeunes qui vivent à la marge de la société.
  5. Développer des recommandations aux décideurs et sensibiliser l’opinion publique et la société civile.

Pour bien saisir la relation complexe et multi-dimensionnelle entre  jeunes, marginalités et violences au Maroc, nous allons mener une enquête nationale dans six régions marocaines: Fès-Meknès, Tanger-Tétouan, Marrakech-Safi, Béni Mella-Khénifra, Souss-Massa , la région de l’Oriental.